L’ostéoporose : une belle invention, 50 ans de manipulation.
Thierry Souccar. Journaliste scientifique. Retranscription de la conférence du 20 juin 2013.
Dans les années 60, l’industrie pharmaceutique s’est mis en tête de faire rajeunir les femmes.
Ces laboratoires possèdent une hormone, ils ont des œstrogènes, et ils vendent cette hormone avec le message suivant: « Mme, si vous avez 50 ans, ne dites pas adieu à votre jeunesse, prenez des hormones et votre vie va changer et vous faîtes reculer les effets du temps ». Cela dure une quinzaine d’années. Surtout aux USA mais également en France.
En 1975, une étude majeure sort dans le New England Journal of Medecine qui montre que les femmes qui ont pris ces hormones ont plus de cancer, beaucoup plus de cancer que celles qui n’en ont pas pris.
Conséquence directe : ce marché, cette poule aux œufs d’or s’effondre totalement. Il n’y a plus de marché. Les femmes ne veulent plus consommer des hormones.
Cependant l’industrie pharmaceutique va avoir DEUX idées de génie.
La 1ère idée, c’est de dire « on a fait une boulette : on a donné un seul type d’hormone, on aurait dû donner en plus de la progestérone ». Et ils font des expériences sur des animaux. Ils donnent de la progestérone avec des œstrogènes, ce qui s’appellera le THS (le Traitement Hormonal Substitutif). Les femmes sont prêtes à tendre l’oreille, mais elles ne veulent plus entendre le discours : jeunesse éternelle, vous allez repousser les effets du temps.
Vous allez de nouveau séduire votre mari, etc.
Une agence de communication passera au crible le type de « pathologies » ou de troubles qui pourraient être sensibles aux hormones.
On prend donc les choses à l’envers. On n’a pas identifié une maladie (pour la traiter). On a d’abord un produit (des hormones) et on cherche des idées pour le vendre.
Dans cette agence, il y a un gars qui tombe sur l’ostéoporose.
En 1975, l’ostéoporose, c’est simplement, médicalement parlant, un vieillissement de l’os. Ce n’est pas donc une maladie. On perd de l’os en perdant de l’âge, de la même manière qu’on perd de la masse musculaire. On ne traite pas pour la masse musculaire qu’on a perdue : pas de médicament (pas encore…).
Les laboratoires vont transformer l’ostéoporose, facteur de fragilité osseuse en maladie.
2 nouveaux marchés s’ouvrent alors :
- le traitement
- le dépistage
Pour le dépistage, grosse coïncidence, Richard B. Mazess met au point des ostéodensitomètres pour évaluer le contenu en calcium du squelette.
Plein de calculs sont entrepris, notamment l’évolution. Ces machines qui font de l’ostéodensitométrie sont vendues très chères. Quelques unités par an.
Elles utilisent des rayons X pour évaluer la teneur en calcium de l’os.
Il entreprend des études sur le rat. Quand on fait une étude du contenu minéral osseux (CMO), on a une association entre cette quantité calcium osseux, minéral osseux, et un risque fracture. Lorsqu’on fait des torsions sur les membres des rats ça casse un petit plus lorsque leur contenu minéral osseux est plus bas.
Et il va vendre cette idée aux autorités américaines, le National Institutes of Health (NIH).
Un congrès va se créer dans les années 1980 où on a une « nouvelle » maladie, l’ostéoporose et on a des médicaments (THS), et on a un examen de dépistage.
L’examen ne prédit pas le risque de facture. Il ne mesure que des marqueurs intermédiaires. Sur cette base-là, on va monter en épingle, l’ostéoporose, l’ostéodensitométrie osseuse et le traitement par médicament.
Dans les milieux des années 1980, notre industrie laitière qui est en perte de vitesse. Elle vend des produits contenant des graisses saturées. Personne n’en veut, ou très peu.
Et là miracle : l’industrie laitière s’aperçoit que lorsqu’on donne des laitages on fait monter la densité minérale osseuse. On n’a même plus besoin de prouver qu’on va réduire le risque de fracture en donnant des laitages ou des médicaments, il suffit de se focaliser sur cette variation de densité minérale osseuse.
Un marché énorme va émerger.
Une deuxième étincelle sera nécessaire pour allumer répandre sur la planète entière le fait de convaincre les femmes de se faire dépister à l’hôpital.
Le laboratoire MERCK a imaginé une nouvelle famille de médicaments, les bisphosphonates (mis au point par HENKEL, le fabricant de lessive, qui travaille sur les lessives anti-redéposition, des molécules qui empêchent la saleté de se redéposer sur le linge). Ils se sont aperçu qu’il y a une classe de médicaments contenant des phosphates qui font ce travail,
En parallèle, il y a des laboratoires qui cherchent à mettre au point des dentifrices qui régénèrent l’email dentaire, la qualité dentaire, et à ralentir les processus de destruction de la matrice osseuse présente dans les dents.
Ils vont avoir l’idée d’utiliser les enzymes anti-redéposition de Henkel pour les tester sur l’os.
L’os se met en sommeil. Or il existe deux molécules : les ostéoclastes qui détruisent des cellules osseuses et les ostéoblastes qui régénèrent l’os.
Le ralentissement du processus de destruction permet d’augmenter artificiellement la teneur en minérale de l’os.
Tous les labos vont se précipiter sur les bisphosphonates, et en premier MERCK qui a un médicament qui s’appelle fosamax.
Or fosamax ne se vend pas. Ils viennent pourtant d’avoir une AMM, et en 1995, cela ne se vend pas du tout. Il y a très peu d’ostéodensitomètres aux USA, il faut faire parfois 50km, 100 km pour trouver un médecin qui en détient un.
Ce dépistage est cher. Donc ils n’y pas de prescription des médecins, faute de machines et de critères.
Le patron de MERCK va voir le patron d’une agence de marketing et lui demande une idée pour lancer le marché. MERCK entreprend 2 actions :
1- MERCK rachète une société qui fabriquent des ostéodensitomètres. MERCK divise les prix par dix. Même en perdant des centaines de millions de dollars pour équiper tous les cabinets médicaux, d’ostéodensitomètres portables, leur activité restera très rentable
Ainsi quand une personne consulte pour le cholestérol, elle se fait faire un dépistage d’ostéoporose dans la même visite.
2- Ils créent un institut bidon. L’institut de l’OS qui fera des communiqués de presse, expliquer à quel point c’est important de se préoccuper de sa densité osseuse. Dans cet institut, il y a un bureau, une chaise, mais personne, sauf des médecins complaisants qui ont accepté de siéger dans l’institut.
Cet institut fera beaucoup de bruit. Suivra la création d’une revue qui publie des articles scientifiques à la gloire des médicaments vendus par MERCK
En Europe. John Kanis, pape de l’os européen, travaille pour une dizaine de laboratoires pharmaceutiques. L’OMS lui a délégué une partie des travaux l’épidémiologie des fractures du col du fémur. Il représente donc une unité de l’OMS dans ce domaine.
Il va persuader l’OMS de monter une conférence avec 15 chercheurs du monde entier en 1992 (Rome, Italie) pour donner leur avis sur l’ostéodensitométrie, le traitement des os.
La composition de ce groupe: deux secrétaires qui e contentent de prendre des notes, 13 médecins liés à l’industrie pharmaceutique.
Le meeting est payé par 3 laboratoires pharmaceutiques qui vendent des médicaments sur l’ostéoporose.
Ce meeting va décider à partir des ostéodensitométries, à quel niveau on va commencer à traiter, en d’autres termes : qu’est que l’ostéoporose
Dans ce meeting, une participante anglaise racontera ce qui s’est passé dans ce meeting.
Elle explique qu’ils ne savaient pas où placer la limite à partir de laquelle on était malade (ostéoporose).
Personne ne le savait, ils tournaient comme des lions en cage. Au bout de 3 jours de discussion, il faisait chaud, tout le monde en avait marre, un des participants s’est levé et a dit:
« on n’a qu’à faire cela » montrant un T-Score (qui est un comparatif entre votre densité et celle d’une jeune femme), -2,5 (calculé par des écarts-type)
Ils auraient bien pu tracer la ligne ailleurs. Personne ne sait pourquoi cela a été fait à cette mesure (-2,5).
Quant au femme qui sont entre la santé et la maladie, ils inventent un terme l’ostéopénie (le patient manque un peu d’os…). Officiellement ces femmes ne seront pas traitées mais les mesures serviront à l’épidémiologie.
En réalité cela n’a pas servi à l’épidémiologie mais au traitement. Par exemple un T-score de -2,3 indiquera un risque de fracture libellé comme ‘augmenté’, ce qui inquiètera la patiente qui s’attend à un traitement.
2 médecins français lyonnais ont participé à ce meeting, l’un est décédé, l’autre est toujours en vie, qui a travaillé pour les laboratoires.
Il a créé en 1987 une association EFFO (fondation européenne pour l’ostéoporose) qui a été financé par 12 laboratoires tous impliqués dans l’ostéoporose. Cette association est devenue, avec une association américaine, international Osteoporosis Foundation
Elle a pignon sur rue, elle donne des préconisations sur les niveaux mesurés dans le cadre des remboursements des d’ostéodensitométries.
Ces associations ont fait un forcing d’enfer pour élargir au maximum le dosage des minéraux de l’os.
Conclusion.
L’ostéodensitométries ne sert à rien. Il n’y a aucune mesure de risque de fracture. On le sait depuis 20 ans. Cela n’a aucune valeur prédictive à l’échelon individuelle, pour des tas de raison.
- les appareils ne mesurent pas de manière très fiables.
- les os peuvent être extrêmement minéralisés et être fragiles
Les suédoises ont les os les plus lourdes de la planète mais les plus fragiles. Ils ont le record des fractures du col du fémur.
Ce qui fait la résistance de l’os, ce n’est pas sa teneur en minéraux, c’est la qualité du collagène. Les minéraux viennent se reposer sur une trame de collagène. Le collagène donne de la souplesse à l’os qui résiste à la torsion grâce au collagène.
Plus on minéralise l’os, plus on rigidifie l’os et donc toute l’armature osseuse.
Le Fosamax de MERCK donné pendant 7 à 8 ans provoque des fractures (non pas du col du fémur), mais du fémur ! C-à-d l’os le plus solide du squelette !
La littérature est maintenant très riche là-dessus. la FDA vient de demander aux médecins de ne pas prescrire ce médicament plus de 3 ans.
L’ostéodensitométrie ne sert à rien, ne marche pas. Il est inutile d’aller passer une mesure.
Les fractures sont liées au mode de vie. Dans 90% des cas, la fracture est liée à … la chute !
Ceux qui ont moins de muscle, moins d’équilibre, qui prennent des médicaments comme des anxyolitiques, neuroleptiques, bétabloquants, etc.
Un nombre croissant de chercheurs disent maintenant qu’il faut arrêter avec l’ostéoporose.
Arrêtez de traiter une maladie virtuelle qui ne fera pas baisser la fréquence des factures. Se concentrer sur ce qui fait les fractures. Inutile d’aller chercher les produits laitiers pour la traiter. Il existe 7 meta-analyses sur les laitages et sur les médicaments. 7 méta-analyses sur le calcium. Les comprimés de calcium ne marchent pas, on le sait. On a toutes les preuves aujourd’hui et cela augmente le risque d’infarctus. Il faut arrêter avec cette focalisation sur la nécessité de traiter cette pseudo maladie et se concentrer sur le mode de vie (nutrition, exercices physiques, etc.). Le mode de vie protège tout le corps.
Nous sommes malheureusement dans une lecture quasi-religieuse des données scientifiques.
Nous [Notre groupe de journaliste] ne sommes pas dans les groupes de pression. On ne préconise pas comme l’AFSSA, les 3 ou 4 laitages par jour.
Référence:
[15]
.
