L’avantage de mettre le cancer au régime

« Restriction » ou « calorique » ?
A propos de l’article sur la restriction calorique publié sur le site :

L’article mentionne la restriction calorique. Or comme toute étude, il convient de séparer les variables pour éviter d’attribuer indument à une variable, les mérites des améliorations de la chimio. Ce que ne font ni l’étude ni l’article.

Explication: Dans restriction calorique, il y a deux mots donc deux paramètres: restriction et calorique. Est-ce la restriction qui est facteur d’amélioration ou la restriction calorique? Si c’est la restriction calorique, on peut alors étudier en quoi le système immunitaire est lié à cette restriction: jeûne, réduction des prises d’alimentation dans la journée (quantité, nature, repas).Si c’est la quantité à chaque repas, on maintient la régularité des prises d’alimentation (par exemple 3 repas) mais on réduit la quantité seulement. Ce qui occultera au passage l’effet de la restriction.Enfin, le choix du mot restriction au lieu de réduction tend à supposer que le corps a naturellement besoin de ces calories et que le traitement va le réduire au détriment du corps. Or cette hypothèse est ancrée dans une croyance médicale, et non pas une certitude.

Grâce à ces 2 études supplémentaires, on pourra continuer à vendre de la chimio et augmenter les doses (voir les études du professeurs Valer Lango de l’université de Californie du Sud) qui ont fait le tour du monde. Mais ces études montrent aussi la voix à la restriction tout court, à savoir les effets du jeûne selon toutes ses formes. Car pour le labos, il ne faut éluder la bonne nouvelle: on continuera à vendre les doses de chimio.

Deux études importantes montrent qu’une réduction de l’apport calorique active le système immunitaire et augmente l’efficacité de la chimiothérapie.

La majorité des médicaments utilisés en chimiothérapie sont des poisons cellulaires très puissants qui parviennent à tuer les cellules en les empêchant de se reproduire. Plusieurs observations réalisées au cours des dernières années indiquent cependant que cette action cytotoxique n’est souvent pas suffisante pour éliminer l’ensemble des cellules tumorales: pour être vraiment efficace à long terme, la chimiothérapie doit aussi rétablir la surveillance immunitaire anticancéreuse en activant les globules blancs tueurs, spécialisés dans l’élimination des corps étrangers.

Par exemple, des études montrent qu’en tuant les cellules cancéreuses, certains médicaments de chimiothérapie (anthracyclines, oxaliplatine) provoquent une série d’événements qui vont entraîner la production de signaux capables d’activer la réponse immunitaire. Ce phénomène, appelé «mort cellulaire immunogénique», peut d’une certaine façon être comparé à un vaccin, dans lequel les cellules cancéreuses mourantes provoquent une forte réponse immunitaire et permettent l’élimination complète des cellules tumorales résiduelles.

Activer l’immunité

Des résultats préliminaires très encourageants indiquent que l’efficacité de la chimiothérapie peut être grandement améliorée par une diminution drastique de l’apport calorique. Par exemple, chez des souris porteuses de tumeurs humaines, un jeûne de 48 heures augmente la survie, avec près de la moitié des animaux qui sont encore en vie 180 jours après la fin du traitement tandis que tous les animaux nourris normalement étaient décédés1.

Deux études fondamentales ­récentes réalisées par des équipes de savants français et américains suggèrent que cet impact positif de la restriction calorique serait dû à une augmentation de l’activité anticancéreuse du système immunitaire. Par exemple, il a été observé qu’un régime alimentaire développé par le laboratoire du Dr Valter Longo, et qui reproduit les ­effets positifs du jeûne sur le corps, améliorait la réponse de souris porteuses de tumeurs mammaires et de mélanomes à la chimiothérapie en provoquant une hausse ­marquée de lymphocytes tueurs2. Dans la même ligne de pensée, l’injection de substances qui miment les effets du jeûne sur le métabolisme provoquait une diminution de lymphocytes T régulateurs (une classe de globules blancs qui ­diminuent la réponse immunitaire anticancéreuse), ce qui améliorait l’activité des lymphocytes tueurs et entraînait une réduction ­marquée du fardeau tumoral3.

Manger moins

L’équipe du Dr Longo travaille présentement de concert avec ­plusieurs hôpitaux pour déterminer si la restriction calorique améliore la réponse des patients aux traitements de chimiothérapie, et on devrait savoir très bientôt si ces résultats obtenus chez les animaux peuvent s’appliquer aux humains. En attendant, il est intéressant de noter que les études indiquent qu’un jeûne allant jusqu’à 72 heures est bien toléré par les patients4, et semble associé à une diminution importante des effets secondaires de la chimiothérapie.

Ces observations ne sont pas ­tellement étonnantes si l’on ­considère que notre métabolisme a évolué pour fonctionner de façon maximale en conditions de rareté de nourriture. La plupart des ­maladies chroniques qui touchent actuellement la population, ­incluant un grand nombre de ­cancers, sont d’ailleurs une conséquence directe d’une surconsommation de nourriture. Bien manger, c’est bien souvent manger moins.


1. Lee C et coll. Fasting cycles retard growth of tumors and sensitize a range of cancer cell types to chemotherapy. Sci Transl Med. 2012; 4: 124ra27.

2. Di Biase S et coll. Fasting-mimicking diet reduces HO-1 to promote T Cell-mediated tumor cytotoxicity. Cancer Cell 2016; 30: 136-46.

3. Pietrocola F et coll. Caloric restriction mimetics enhance anticancer immunosurveillance. Cancer Cell 2016; 30: 147-60.

4. Dorff TB et coll. Safety and feasibility of fasting in combination with platinum-based chemotherapy. BMC Cancer 2016;16: 360.