auteur : La Dépêche du Midi
Date : 28/01/2017 à 07:36
»» Lien : http://www.ladepeche.fr/article/2017/01/28/2506276-91-medicaments-inutiles-et-dangereux.html
Tous les ans depuis 5 ans, la revue Prescrire vient de publier la liste des médicaments «plus dangereux qu’utiles» à éviter en raison des risques sanitaires «disproportionnés» qu’ils font courir aux patients. Sur les 91 recensés et commercialisés en Europe, 82 sont vendus en France.
Le registre des traitements critiqués – cancer, diabète, arthrose, allergies, maladie d’Alzheimer, nausées et vomissements – est vaste, que les médicaments en cause soient nouveaux ou anciens et les maux visés graves ou bénins. «La persistance des firmes à les commercialiser et l’inertie des agences du médicament qui tardent à les interdire totalement exposent les patients à des risques injustifiés», s’indigne la revue.
Des effets secondaires graves, voire mortels
Par exemple, des médicaments contre le rhume (décongestionnants), comme la pseudoéphédrine ou la naphazoline, exposent à un risque de troubles cardiovasculaires graves voire mortels : poussées d’hypertension, AVC, troubles du rythme cardiaque…
D’autres médicaments utilisés pour soulager les maux de gorge ou la toux, comme le Muxol ou le Bisolvon (sans efficacité prouvée) peuvent entraîner des réactions allergiques et des réactions cutanées graves, parfois fatales. Sur la centaine de médicaments recensés pendant la période 2013-2016, seulement une dizaine ont fait l’objet d’une suspension ou d’un retrait d’AMM (autorisation de mise sur le marché).
Médicaments à écarter des soins : la sécurisation du marché est trop lente
©Prescrire 1er février 2017`
La 5e édition du bilan annuel “Pour mieux soigner : des médicaments à écarter” est l’occasion de faire un point sur les décisions des autorités et des firmes mettant en
France les patients à l’abri de ces médicaments.
Diversité. Les autorités peuvent décider le retrait ou la sus pension d’autorisation de mise sur le marché (AMM), ou des baisses du taux de remboursement par l’assurance maladie obligatoire, jusqu’au déremboursement. Les firmes peuvent décider l’arrêt de commercialisation.
L’inventaire de la période 20132016 montre des combinaisons variées de ces possibilités, portant chacune sur quelques médicaments seulement. En voici un aperçu.
Une dizaine de suspensions ou retraits d’AMM, et des insuffisances. Parmi la centaine de substances recensées par les 5 bilans Prescrire sur cette période, seulement une dizaine ont fait l’objet de suspension ou de retrait d’AMM des médicaments en contenant, par l’Agence française des produits de santé (ANSM), beaucoup plus souvent que par l’Agence européenne du médicament.
Des suspensions ont été décidées en 2013, toutes de médicaments anciens : à base de méprobamate (n° 364 p. 135); et 5 médicaments dérivés de l’ergot de seigle (n° 364 p. 100).
L’AMM concernant l’indoramine (exVidora°) a été retirée en 2013, 28 ans après son octroi (n° 356 p. 428) (1). L’AMM concernant la floctafénine (exIdarac°) a été abrogée en 2015, 40 ans après son octroi (n° 321 p. 498 ; n° 784 p. 746) (1,2). L’AMM du dosage à 20 mg de la dompéridone a été retirée en 2014, après des années de procédures (n° 391 p. 353). Mais le dosage à 10 mg, autorisé en France depuis 1980, reste sur le marché (1).
Quelques arrêts de commercialisation. Praxinor°, associant théodrénaline + cafédrine, et le nimésulide ne sont plus commercialisés depuis 2013 (n° 364 p. 101 et 108). Idem en 2014 pour Hexaquine° suppositoires à base de quinine dans les crampes (n° 377 p. 189). Leurs AMM françaises sont de ce fait devenues caduques (1).
Quinine vitamine C Grand° (n° 400 p.104) n’est plus commercialisé depuis 2014, mais son AMM française de 1997 reste valide, et d’autres médicaments à base de quinine orale dans les crampes restent disponibles. En 2016, la firme ayant renoncé à commercialiser la pégloticase (exKrystexxa°), l’AMM européenne de 2013 a été retirée (n° 398 p. 903). Le fer dextran (Ferrisat°) n’est plus commercialisé en France depuis 2015 (n° 349 p. 819 ; n° 365 p. 182183). L’AMM européenne de 2007 reste valide (1). Idem pour l’asénapine (Sycrest°), un neuroleptique autorisé en 2010 (n° 388 p. 107) (1).
Quelques déremboursements lents, parfois contestés, ou partiels. La radiation de la liste des spécialités rembour sables, c’estàdire le déremboursement, est un pisaller face au maintien d’une AMM, notamment européenne, pour réduire le nombre de patients exposés. Des spécialités, y compris des copies, à base de trimétazidine, “déremboursées” en 2012, restent disponibles début 2017, ce qui suggère des ventes encore notables (n° 342 p. 260). Le ranélate de strontium “déremboursé” en 2015 reste dis ponible début 2017 (n° 377 p. 181).
Des firmes ont contesté en justice certains dérembour sements. Ainsi en ce qui concerne le kétoprofène en gel (n° 317 p. 186), la diacéréine, la glucosamine, l’olmésartan (n° 395 p. 662 ; n° 380 p. 420). La ministre de la santé a demandé un « protocole de soins » avant tout dérembour sement des 4 médicaments de la maladie d’Alzheimer (n° 398 p. 904) (3).
Parfois le déremboursement est combiné à la baisse du taux de remboursement selon les indications figurant dans l’AMM, comme en 2014 avec le tacrolimus dermique, muni d’une AMM européenne depuis 2002 : baisse de rembour sement chez les adultes et déremboursement chez les enfants (n° 245 p. 805809, n° 367 p. 343).
Parfois il n’y a que baisse à 15 %, comme en 2016 pour l’agomélatine, autorisée depuis 2009 (n° 397 p. 818).
Le mifamurtide et le vernakalant, munis d’une AMM européenne depuis des années, ne sont pas en vente en France, peutêtre du fait d’un avis de la Commission de la transparence défavorable à leur prise en charge par l’as surance maladie obligatoire (lire en encadré page 139).
En somme : ne pas attendre les firmes ni les autorités. Sur la période 20132016, l’action des autorités et des firmes pour écarter des soins les médicaments plus dangereux qu’utiles a été lente et parcellaire, en particulier au niveau européen. Patients et soignants ont intérêt à prendre l’initiative, sans attendre.
1- ANSM “Répertoire des spécialités pharmaceutiques”. Site internet http://agenceprd.ansm.sante.fr/php/ecodex/ consulté le 6 janvier 2017.
2- HAS Commission de la transparence “AvisIdarac” 15 novembre 2006.
3- Agence France Presse “Médicaments antiAlzheimer : Touraine écarte le “déremboursement”” 26 octobre 2016. Site www.leparisien.fr consulté le 6 janvier 2017 : 3 pages.
